N.B. : ce texte est une archive de mon blog personnel. Il a été initialement publié le 28 février 2007.
Sélène brumeuse me regardait par dessus son balcon.
Une énième fois, je regagnais mon domicile, 23 heures bien tapées, la panse remplie de mœlleux au chocolat, la besace recelant des Barbapapa multicolores ainsi qu’un nouveau DC Comics à rajouter à ma collection, et l’esprit, l’esprit, fidèle à lui–même : sauvage, pensif, poussif.
Lors des cinq cent derniers mètres, les yeux collés à la grande toile bleue, je repensais, sourire aux lèvres et mal aux cheveux, à ce dont il fut question lors de cette soirée : de femmes qui en ont et d’hommes qui n’en ont pas ; des dizaines de petites Miss Star Club aguicheuses, platitudes incarnées sans personnalité dont j’aime à me moquer ; de ces gens qui prennent toute la place dès qu’ils entrent quelque part ; de ces parasites émotionnels qui font patte blanche pour dissimuler on ne sait quel démon, fiers de leurs petites manipulations.
Je repensai alors au titre d’un possible futur billet auquel j’avais pensé la veille, et que je destine à faire partie des relations parasitaires : « Le ver de terre amoureux d’une étoile ». J’ai pensé que l’expression à elle seule parlerait à pas mal de gens… Qu’on ait été ver ou étoile, immortalisé[e] en vers ou en toiles, ou, même, en rien de tout cela – simplement laissé pour compte, les pieds froids et sales, le goût de la bile dans le creux des dents, et du silence, du silence, pour toute explication.
Pourtant, ici en bas du monde, les pieds sur terre s’accompagnent de fatigue, de tâches, (petite sœur de mes nuits), de pensées à chasser, et de rêves à vivre… J’ai tout de même pris le temps de me glisser dans une de mes rêveries solitaires, du haut de mon septième étage, tentant de m’élever, et je contemplais ainsi pendant de longs instants le vent qui chassait ces nuages pourpres et massifs (sache que je n’oublie rien). Le mouvement était si lent qu’à y regarder trop vite, ils auraient presque semblé immobiles ; pourtant le mouvement était bel et bien là, comme un balancier.
Et la Terre s’est mise à valser
Sûr que le fond des cendriersN’est pas net
Toi tu m’appelles au secours
Ma chère folie et mon amourMa planète
Et tu veux du silence
En veux–tu ?
Des années – lumières blanches
Par dessus
Il y a le bruissement de tes ailes
Et les grands souffles qui nous appellentNoir Désir – À la longue
Et ainsi font, font, font, les petites marionnettes, ridicules et bêtes, qui se dandinent au bout du fil, méduses à moustache, poissons–chats, tous jetés dans les toilettes. Tu l’as voulue, tu l’as eue, ta fausse mélancolie ! Tu y es, ça y est : profite bien de la vue sur rien…
C’est mon visage qui transparaît et disparaît à même l’écorce des arbres, tantôt cyan tantôt doré, lumineux et pâle. Et à ma bouche des perles et des fleurs, dans mes oreilles le son du ciel, et dans mes mains une nouvelle Lune – sauvage, pensive, poussive.
Juste le temps de battre des cils… L’équilibre est fragile.



Le bruissement de tes ailes…
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
Tentant de m’élever…
Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins
Je suis joliment happé par l’esprit rimbaudelairien de ce texte. :-)