N.B. : ce texte est une archive de mon blog personnel. Il a été initialement publié le 5 mai 2006.
Ce texte fait suite à Dr Springtime et sublime Églantine et à Et que brille l'écarlate de ses yeux !, que vous voudrez peut-être lire en premier.
Journal d’Églantine, 22 février
Trop de couleuvres avalées.
Couleurs d’ongles opalines.
Une pluie d’étoiles tombaient sur mon corset. Je n’en pouvais plus de hurler.
Je piquais mes doigts avec délice aux tiges des Violet Carson que tu fis déposer devant chez moi.
Reste à savoir
qui de nous deux
tu choisiras,
Ombre.
Et ce soir, seulement éclairée par les yeux noirs de ma chandelle, je tisse une fois de plus le seul élément qu’ont en commun mes amants : le fil, l’écriture, l’illumination.
Ce n’est, bien sûr, pas leur crasse, ni leur brutalité qui m’inspirent, et encore moins leurs paroles vides alors que tout en moi lâche prise ; ce ne sont ni leurs plates excuses, ni leur ton obséquieux qui annoncent sans entrain qu’ils jouirent bien avant moi – tout cela ne m’apporte, il est clair, aucune illumination (plutôt un impitoyable ennui, ô ma chère !).
En revanche, j’avoue qu’il m’arrive de happer, au détour de leurs ronflements sonores, la clarté phosphorescente des yeux d’Adonis, ses yeux si pervers et mystérieux qu’ils m’empêchent nuit après nuit de trouver le sommeil.
Au petit matin, les amants se réveillent toujours en forme, à l’aube de longues journées d’affaires qui les retiendront en ville jusque trop tard pour leurs épouses qui, entre temps, sauront s’amuser à leur façon.
Quant à moi, l’aventure nocturne, forcément sensuelle, que je connus dans les bras de cet éphèbe cyan reste secrète, et mes piteux amants de ne remarquer que l’éclat froid de mes pupilles fatiguées, de lâcher à la hâte quelque remarque contrariante.
Il me semblait rêver… avoir posé mon visage tiède à ton cou brûlant. Mes yeux étaient happés et par la couleur crème de ta peau, et par la fenêtre donnant sur un toit éclairé, orangé. Tes mains tenaient les miennes comme une dernière fois, à jamais, et je sentis ton coeur se pencher vers mon coeur et lui conter des romans entiers.
Ce fut alors que nos joues se frôlèrent avec une tendresse dont j’ignorais tout jusqu’alors. Pulpeuses, duveteuses et douces, ces joues dansèrent en un ballet millimétré qui n’eut de cesse que lorsque mes lèvres à tes lèvres déposèrent un secret. Tu disais être amoureux de mes cheveux… et en moi, acheva de se fâner la dernière rose bleue.
Il est de ces amours dont on ne se sépare jamais, de ces amours et de ces pleurs qu’on voudrait garder pour toujours auprès de soi, surtout quand tout autour nous déchire.
Les instruments s’évanouissent dans la brume, le reflet de mes souvenirs brille dans le lointain, et je me sens immense de tant de ressentiments.
Il me semblait rêver d’une soirée identique à celle où, déplorable, tu frappas ma propre haine de ta haine si propre, irréprochable au cœur d’une nuit noire et froide.
La seule morsure que je sens désormais est celle de mes lèvres de métal plantées dans nos mensonges, et ma jumelle me contemple, assise au bord d’une tempête qui se lève peu à peu.
Tu es parti, non : je t’ai laissé partir. That was a lie.


