Ce n’est pas que je n’ose pas, mais… ce rythme me suit chaque jour, m’emplit jusqu’à l’écœurement, me remplit de sa fureur. Un peu comme si j’avais abandonné le cliquetis de mes mots de fer se brisant sur le pot de terre.
En fait, ce n’est pas « comme si » – je l’ai progressivement délaissé, de guerre lasse.
La routine que d’écrire de façon automatique, se décharger du trop-plein de rancœur et de douleur, comme une saignée, dans les mêmes conditions d’hygiène déplorables. Une saignée qui ne cicatrisait finalement pas si bien que ça, et qui, si elle m’apportait un soulagement immédiat, ne faisait que nourrir mon goût pour le sang frais. Le sang de mes pensées, s’entend. Enfin, vous voyez.
J’aimais alors compter syllabes et conter fleurette, faire sonner dans ma caboche ces mots fleuris, souvent barbouillés de bleuet, à l’instar de mon cœur qui s’effilochait. L’écriture se relevait, comme une ombre dotée soudain d’un corps, et elle se relevait lentement depuis le sol noir et visqueux, et plongeait son regard au fond de mes yeux.
Ce tête à tête a progressivement disparu de ma routine. Comme beaucoup d’autres choses un peu trop liées à cette période où je vivais seule et pendant laquelle mon cerveau tournait tout seul sur lui-même comme une toupie. Que de vent brassé, et que de cicatrices mal refermées… Reste que j’avais réussi à dormir sur mes deux oreilles. Ce n’était pas si compliqué, il suffisait de se jeter à corps perdu dans le travail, de façon à ne plus avoir la force émotionnelle nécessaire à la nuit tombée pour passer des heures à clapoter sur mon clavier.
Mouais.
Et puis, récemment, tout est revenu d’un coup. L’urgence, le claquement, les sonorités. Presque même le goût de ces quelques baisers échangés de mauvaise grâce, au mauvais endroit, au mauvais moment. Ce regard vide de l’étranger en face de moi, rien de plus qu’un souvenir en devenir, une encoche de plus dans mon écorce pourtant déjà dure.
Allez, l’histoire est connue.
Il m’a suffi de recroiser certains de ces souvenirs via l’écriture, via ces bribes de moi et de mon âme échappés aux quatre coins du web, pour réaliser à quel point cela me manquait. Et te relire aussi, chère amie partie, retrouver dans ta prose ces croches primesautières qui donnent à chacun de tes mots un rythme et une énergie dont je me pensais dépourvue. La magie, les fées, le romantisme noir… autant de thèmes qui me nourrissent et m’inspirent encore.
Je sais bien que pas mal de choses ne sont plus les mêmes, qu’on n’est plus tout à fait sur la même longueur d’ondes, que des maladresses ont engendré une ignorance feinte teintée de mépris. Qu’à cela ne tienne, ça n’est ni la première ni la dernière fois. J’ai conscience de ces choses-là, bien plus que je ne le dis…
Je sais qu’à un moment donné, je me suis – sciemment ? pourvu que ça ne soit pas sciemment – déconnectée de la Source, de ma Source, et j’ai dû aussi laisser mes muses malades de côté car, tout simplement, je n’en pouvais plus.
Désormais, il me semble que je sois assez forte pour les porter toutes et les emmener avec moi en chaque lieu et à chaque moment. Elles sont mes invitées, et bouillonnent intérieurement que je les laisse s’exprimer.
Allez, je sais, va. Que cela mettra du temps à se tasser. Qu’il faudra plusieurs coups de savon pour que la tâche disparaisse. Mais enfin, je suis là. J’entre, comme ça, à pas de loup. Du bout des coussinets, je longe la pièce et jette un regard circulaire autour de moi. Seules mes griffes tapotent gentiment le sol. Je sais, je me souviens.
C’est là tout.



Il arrive que l’on abandonne sa source, mais elle finit toujours par nous rappeler, comme une claque dans la tronche. C’est pour ça qu’il ne faut jamais oublier que l’on a eu la foi un jour. Tout comme les amis, même perdus de vue, quand on se rappelle à eux, il arrive souvent qu’ils répondent.
Bonjour Ophinah !
Merci pour ton commentaire, très juste. Une comparaison entre la Source et l’amitié… c’est audacieux, mais en y réfléchissant un peu, ce n’est pas dénué de justesse.
Encore faut-il avoir les bons amis, qui sont là pour toi même quand ça ne va pas… (la définition d’un ami, donc ^^)