Richard Kelly Donnie Darko

Adolescence hallucinée

Affiche de Donnie Darko

Note :
4/5

Synopsis

Donnie Darko est un adolescent perturbé, suivi par une psychanalyste. Un jour, une crise de somnambulisme, accompagnée de sa première rencontre avec le lapin géant Frank, lui permet d’éviter d’être écrasé par le réacteur d’un avion qui tombe sur sa chambre. Jour après jour, alors que Donnie voit régulièrement Frank qui lui suggère de commettre des actes de vandalisme, le jeune homme découvre l’amour en la personne de Gretchen, se questionne sur le voyage dans le temps, et voit avec inquiétude s’approcher la date fatidique annoncée par le lapin comme étant la fin du monde. Autour de l’adolescent, famille, autres élèves et adultes sont confrontés à d’autres difficultés, dont l’éducation des jeunes n’est pas la moindre. Mais le jour fatal approche, et tout s’enchaîne…

Bande-annonce

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Critique personnelle

Lorsque le film Donnie Darko sort sur les écrans en 2002 (en France), Richard Kelly, son réalisateur, n’avait lors réalisé que des courts-métrages. Et pour son premier long, on peut dire qu’il marque un grand coup ! Car l’atypique Donnie Darko est de ces films qui marquent, auxquels on repense régulièrement après le visionnage. Déjà, il est difficile de le classer. Appartient-il au genre science-fiction ? Fantastique ? Est-ce une simple chronique de l’adolescence ? De la folie ?

La réponse : aucun et tous à la fois.  À première vue, Donnie Darko pourrait être un adolescent (presque) comme les autres : il se chamaille avec sa sœur aînée, a des amis, sort avec une nouvelle élève, se rebelle contre un coach invité par une parent d’élève et dont le propos est simpliste et dégoulinant de mièvrerie… mais il y a Frank, le lapin géant (et effrayant) que Donnie est seul à voir – d’abord durant des crises de somnambulisme puis lorsqu’il est éveillé. Frank qui l’invite à dégrader son lycée, la mascotte du lycée, puis à allumer un incendie… et à mesure que Donnie lui obéit, l’adolescent glisse de plus en plus dans l’agressivité et les hallucinations. Tout en menant une vie (presque) normale.

Donnie Darko (Jake Gyllenhaal) et Frank

C’est ce qui fait du film une peinture réaliste de l’adolescence lorsque celle-ci concerne ceux à la marge, les non-populaires, ceux qui ne sont pas intégrés totalement sans être non plus complètement rejetés. Malgré ses déviances, Donnie est attachant. Il ose dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas. Il refuse de participer aux moqueries ciblant une camarade obèse. Il se passionne pour des sujets – dont le voyage dans le temps – qui lui permettent aussi de discuter avec ses professeurs. Mais ses actes, de plus en plus violents, le rendent aussi inquiétants. Ce qui renforce le malaise à mesure que le film s’écoule : doit-on ou ne doit-on pas apprécier ce garçon, héros du film au point que le titre est son nom ?

Portrait de l’adolescence, Donnie Darko témoigne aussi des adultes qui s’emploient à mener leurs enfants vers le chemin qu’ils pensent le mieux. C’est ainsi que le film nous présente les parents de Donnie – plutôt ouverts, décontractés mais fermes, et, surtout, critiques – à l’opposé d’une femme qui propose des activités extra-scolaires et dont les préceptes sont l’amour, la droiture, la morale telle qu’à l’ancienne, au point d’en sombrer dans le ridicule. De même, le corps enseignant se divise entre de jeunes professeurs qui cherchent réellement à élever les adolescents – le personnage joué par Drew Barrymore en est le symbole – et ceux, traditionnels, qui se plient aux désirs des parents et laissent se perdre les élèves qu’ils sont censés guider.

Beth Grant et Drew Barrymore incarne deux enseginantes fort différentes (Donnie Darko)

Mais réduire Donnie Darko à une peinture sociale serait une erreur : il y a ces hallucinations, cette folie qui guette Donnie. Folie trop logique, dont les conséquences sont trop étranges, trop voulues, pour qu’elle en soit vraiment une. Petit à petit, l’inexplicable s’en mêle, infuse une angoisse diffuse qui va crescendo. Jusqu’au déferlement de catastophes, la fin du monde annoncée par le lapin Frank au début du film.

À moins que… et là, final grandiose, laissant le spectateur muet de stupeur, un final à la fois qui boucle et ouvre une nouvelle boucle, tel un ouroboros (ce serpent qui se mord la queue). Et le spectateur de songer, encore et encore, à ce film surprenant, complexe, à la fois si réaliste et si fantastique, aux personnages si vrais, au drame si poignant et si inexplicable, le tout avec en tête l’air de Mad World de Gary Jules (une reprise du titre des Tears for Fears), musique du film qui hante elle aussi.

Une chanson tellement au diapason de notre humeur lorsque le film s’achève… Non, Donnie Darko ne vous laissera pas indifférent et vous y repenserez, de temps à autre, comme l’on repense à notre propre adolescence. Si lointaine et si proche à la fois. Tout en s’interrogeant sur les mystères qui continuent de planer, irrésolus.

La fin du monde de Donnie Darko (Jake Gyllenhaal)

Le grain de sable

L’actrice qui interprète la soeur de Donnie Darko est aussi, dans la vraie vie, la soeur de l’acteur Jake Gyllenhaal (qui interprète Donnie).

Références

  • Acteurs : Jake Gyllenhaal, Mary McDonnell, Drew Barrymore
  • Année : 2002
  • Durée : 1 h 43
  • Pays : Etats-Unis

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez percer le mystère du film, si vous n’en pouvez plus de chercher une explication, la page Wikipédia consacrée à Donnie Darko propose pistes, hypothèses, et peut-être même solutions. À vous de juger ! Si vous souhaitez lever le voile, bien sûr.