Deuxième zénith complet, ce soir, pour le groupe le plus mal attifé de tous les temps. Le groupe de têtes à claques ultime attire des hordes de personnes sans que je ne comprenne vraiment pourquoi. Alors, il y a de tout : des hypeux énamourés, des jeunes filles en fleur, des petits garçons, des papys bondissants, beaucoup de curieux et encore plus de fanatiques.
Un public bariolé, racolé ici et là, par les deux supers rabatteurs de troupes que sont MTV et Europe 2 (c’est marqué partout en super gros caractères). On a même droit à de la pub sur écran géant avant que le concert commence et même que personne ne siffle et que tout le monde regarde religieusement.
Alors pourquoi je suis là ? La réponse tient en un seul mot : EDITORS.
Tout commence par Panico, un sympathique groupe venu d’ailleurs (du Chili, pour être exacte), dont le chanteur m’apparaît directement insupportable. Les compos sont furieusement allumées et hyper dansantes. Des relents 80’s saupoudrent un rock gloubiboulgesque où se mélange maracas et electro, avec plus ou moins de bonheur. Le chanteur saute partout, met tout son cœur à chanter très fort, mais révèle finalement une gouaille punk qui n’est pas pour me déplaire.
La bassiste se charge des chœurs et s’octroie quelques moments en chant lead, apportant un peu de douceur dans un set globalement un peu brouillon. Certains instants se révèlent pourtant carrément jouissifs, comme ce titre, très typé electro-punk qui leur va à ravir. Mais malgré tous les efforts du combo, le public hausse à peine un sourcil. Sont pas là pour la musique, les gens. Sont là pour Franz Ferdinand.
Place maintenant à Editors. Autant le préciser tout de suite, j’ai eu un immense coup de cœur pour leur tout premier album (The Back Room), sorti il y a quelques semaines, petit bijou du revival post-punk et réponse anglaise à Interpol. Tom Smith et ses acolytes entament le set avec le bien-nommé « Lights » (qui ouvre aussi l’album). Force est de constater que c’est un titre parfait pour démarrer les hostilités, le genre progressif et qui, à la fin, laisse perché.
Tout de suite, le cadre est dressé. Le concert sera puissant et émotionnel. L’enchaînement des singles « Bullets » (lourd et intense) et « Blood » (final surpuissant –malgré quelques soucis techniques) ne fait que confirmer mon propos. Editors ont bien reçus les leçons de leurs aînés post-punk. Leurs chansons vivent en live. La rage sourde contenu sur l’album explose sur scène et révèle un groupe exalté et intense. « Fall » résonne comme une plaie grande ouverte, qui n’a de cesse de s’agrandir.
La plongée est abyssale, et le final étonnamment apaisant. Puis, vient une version énervée et habitée de « Sparks », le son est très lourd et le rythme proche du martèlement. Sur « Munich », la performance vocale est bluffante. La voix est irréprochable. D’autant plus que Tom Smith se révèle être un personnage étonnant. Grand échalas, agité de soubresauts nerveux, il est aussi humble, entame des remerciements sincères dans un français parfait entre chaque morceau. Le gus est attachant et semble-t-il complètement névrosé, aux vus des airs qu’il affiche.
Et c’est avec « Fingers In The Factories » que le groupe achève de conquérir le public. Rage et maîtrise. Le morceau donne dans la surenchère d’énergie, grâce à un batteur qui frappe comme un forcené. Le public sautille dans tous les sens. Et Smith de donner encore plus de voix. Très impressionnant. Le set s’achève avec le lumineux et touchant « Open Your Arms ». Brève pensée pour Joy Division, tant les ressemblances sont frappantes, tant Smith est émouvant sur ce dernier morceau. La toute fin est supersonique, la rythmique basse-batterie est assourdissante, les guitares hurlent.
Et Smith se casse sérieusement la figure dans le déluge. En résumé, un concert parfait qui achève de me convaincre que, décidément, ce groupe n’a rien à voir avec Interpol (avec qui, on les compare trop souvent – moi, la première). Absolument pas le même registre. Reste une envie : celle de les revoir au plus vite et si possible, en tête d’affiche.
Alors, ensuite vient le spectacle pompier et le racolage. J’ai nommé Franz Ferdinand. Mettons les choses au point, j’ai « Dark Of The Matinee » et « Michael » dans mon lecteur mp3. Ouais, quand même. Donc, je ne partais pas avec un a priori négatif (enfin, pas si négatif que ça). Mais ce concert… ce concert, c’était définitivement pas mon truc.
D’abord, les jeunes filles en fleur dont je parlais au début, elles se sont multipliées comme par enchantement, 5 minutes avant le concert. Ça m’a rappelé la dernière tournée de Placebo, les bracelets à piques en moins peut-être. Puis, les gus font leur apparition, croisement improbable entre les Beatles et… des écureuils (pardon pour cette comparaison).
Un super écran géant, façon vieille TV rétro, descend. Et ça se met à hurler de partout, à faire des bonds de 3 mètres de haut, sans que je n’y comprenne rien. Non pas que ce soit particulièrement mauvais. C’est simplement vide de sens. Ne vous méprenez pas, j’aime beaucoup les trucs idiots et grandiloquents, j’adore The Hives, par exemple.
Mais, là… comment dire… où est la sincérité ? Où est la vie ? Non, parce qu’un groupe de rock (si, si, je vous assure), normalement, ça vit sur scène. Là, j’avais l’impression de regarder la tv tellement c’était lisse et sans âme. Tellement je ne ressentais rien, sauf une envie irrépressible de partir en courant (je n’étais pas seule, j’ai du rester, c’est triste).
En fermant les yeux très forts, j’ai quand même trouvé que « The Fallen » et « Michael » arrachaient bien en live, et puis « Walk Away » aussi. Voilà. J’ai aussi retenu qu’Alex Kapranos (le chanteur) a écrit « Dark Of The Matinee » dans la cuisine de son appartement de Glasgow. Cool.
Moralité : je ne comprend rien à FF, je ne comprend rien à leur public, et à la dernière couverture de Rock&Folk qui posait la question : « FF, insupportables ? », je répond : oui, vachement.
EDITORS
Lights
Blood
All Sparks
Fall
Bullets
Find Yourself A Safe Place
Camera
You Are Fading
Munich
Open Your Arms
The Weight Of The World
Fingers In The Factories
FRANZ FERDINAND
This Boy
Come On Home
Do You Want To
What You Meant
Auf Achse
Matinée
I’m Your Villain
Michael
Walk Away
Take Me Out
The Fallen
You’re The Reason I’m Leaving
40 Ft
Darts Of Pleasure
Jacqueline
Evil And A Heathen
Outsiders
This Fire


