Karen Maitland La Compagnie des menteurs

Thriller d'un autre temps

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Note :
5/5
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L’argument

Au Moyen-Âge, alors que la peste se répand en Angleterre, neuf personnes vont s’allier pour prendre ensemble la route vers le nord, espérant ainsi échapper à la mort. Mais au fur et à mesure qu’elles s’éloignent des côtes, de mystérieux décès frappent leur petite communauté. Pendaison, noyade, démembrement, … Plus meurtrier que l’épidémie, un tueur voyage peut-être avec eux.

Ça commence comme ça

« C’est donc entendu, nous l’enterrerons vivante avec la bride de fer. Ça lui fera tenir sa langue. » L’aubergiste croisa les bras, soulagé qu’ils soient au moins parvenus à s’entendre  sur cela.

« Le fer contiendra tous les blasphèmes. Il peut tout arrêter. C’est l’une des matières les plus puissantes pour résister au diable,  après l’hostie et l’eau bénite. Bien sûr, ce serait mieux si nous en avions, hélas, nous n’en avons pas par les temps qui courent. mais le fer fera tout aussi bon usage.

Avis personnel

Les Editions Sonatine ont l’art et la manière de nous faire découvrir des auteurs épatants, publiant souvent soit des premiers romans, soit des auteurs déjà plus prolifiques mais jamais encore sortis en France. Ayant déjà lu quelques-unes de leurs trouvailles, je savais que je ne serais pas déçue par La Compagnie des menteurs, mais j’ignorais à quel point il serait lunemauvien dans l’âme !

Au-delà du thriller historique, on est plongé dans une réflexion étrange sur le thème du mensonge, du non-dit, le mensonge par omission, également. Ses conséquences, les regrets et les peurs qu’ils créent et trimbalent à leur suite. Les neuf « compagnons » ont des choses à cacher.

Le narrateur est peut-être le plus difficile à percer à jour alors même qu’on vit l’histoire à travers lui. Il est camelot, vend des babioles sacrées au gré des besoins et des espoirs des passants, manipulant les esprits avec une certaine éthique. Les autres, très vite, vont l’appeler Camelot. Et on finit par se rendre compte qu’on ne connaît même pas le nom de celui qui nous fait voyager. On sait de lui que son visage est déformé par l’absence d’un œil, mais chaque fois il racontera une histoire différente selon qui lui en demande la raison.

Et c’est ainsi pour chaque personnage : la dissimulation de son identité et de son passé comme maître-mot de la voie à suivre. Et malgré ce manque d’informations sur les autres membres de la troupe en marche, une cohésion se forme et tous s’entraident pour survivre, ç’aurait pu être une fable sur la solidarité, mais pas du tout. Car lorsque tout semble se dérouler plus paisiblement, un meurtre est commis, et la compagnie soupçonne l’un des siens. Les avis sont partagés, la tension monte d’un cran.

Parmi la petite bande, Narigorm, une enfant étrange qui gagne sa vie comme devineresse, en lisant les runes, n’hésite jamais à dire tout haut ce que tout le monde, ou même ce qu’un seul, pense tout bas, ravivant de ses remarques innocentes l’émeute qui couve sous la volonté de la compagnie d’avancer ensemble. Mais elle n’est pas la seule, car Zophiel, magicien dont l’attraction principale est l’exposition d’une sirène, morte, qu’il jure véritable et protège autant que ses mystérieuses boîtes que personne n’a le droit d’ouvrir ou de toucher, attise la haine de ses camarades en les rabaissant et les humiliant à la moindre occasion, protégé qu’il pense être par la propriété du chariot et de la jument qui leur servent à tous à voyager.

C’est dans cette ambiance lourde de ressentiment que tour à tour, les compagnons sont retrouvés tantôt pendu, tantôt noyé, et en l’absence des Experts Moyen Âge, un indéniable doute plane sur ces morts suspectes. Chacun était dans son coin, et tout le monde pourrait être coupable. Excepté, peut-être, le camelot, puisqu’on est resté avec lui, à moins qu’il ne sache plus lui-même ce qu’il fait, son âge ou son passé l’ont peut-être rattrapé, qui sait.

Un suspens comme pas permis, jusqu’à un final déroutant, et même si des indices sont disséminés, nous permettant de découvrir certains secrets, de percer certains mensonges, il reste des énigmes dont les clefs sont bien gardées. Un par un, les personnages se dévoilent, et tous ont menti. Et tous le paient.

Le grain de sable

C’est en 2002 qu’est née l’idée de ce roman dans l’esprit brillant de Karen Maitland. Chargée d’écrire un livre sur la tournée d’un spectacle multiculturel, elle a voyagé pendant trois mois à travers l’Angleterre avec la troupe. Au coeur de l’hiver, à errer dans les ruelles sombres des nombreux villages médiévaux qu’ils ont traversés, elle a alors imaginé ce que devait être ce même voyage, des siècles plus tôt, pendant l’épidémie de peste…

Sur le mur

Des runes, et de quoi traduire leur signification.

Gramophone

Marilyn Manson – Godeatgod

Dans la même veine

Si je n’en ai lu aucun des trois, je ne doute pas que Les Âges sombres soient aussi palpitants, et les deux suivants sont donnés en présentation sur la quatrième de couverture du roman.

À propos de Karen Maitland

Née en 1956, Karen Maitland vit dans le Norfolk, en Angleterre. Elle s’est mise à l’écriture en 1996 après avoir pas mal voyagé et fait toutes sortes de boulots. L’un d’eux l’a mené au Nigeria, pendant la guerre civile, où des hommes armés de machettes l’ont menacé. Alors qu’elle ne se faisait aucune illusion sur son avenir, elle a été sauvé par un grand chien noir qui empêchait les agresseurs de s’approcher alors que, ironie du sort, cet animal était un très mauvais présage à l’époque médiévale qu’elle affectionne particulièrement.

Elle est l’auteure de plusieurs thrillers médiévaux, dont The Owl killers, The Gallows curse, Falcons of fire and ice et bien sûr Company of liars.

Références

Éditions Sonatine, 2010, 569 pages

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