L’argument
Ann Kelvin arrive à la fin de sa vie, qu’elle a consacrée à la sauvegarde des animaux marins. De caractère irascible, elle a mené son combat en usant parfois de moyens extrêmes. Mais le cancer et l’âge sont là. Marc, son ancien amant, vient alors lui proposer une mnèse – opération qui consiste à transférer l’âme d’un sujet dans un autre corps. Il propose à Ann celui d’un cachalot, pour qu’elle puisse poursuivre son combat par-delà la mort…
Ça commence comme ça
Elle avait choisi le corps d’un très grand mâle.
A son âge, elle ne tenait pas à assumer les conséquences du rut dans la peau d’une femelle dont le partenaire atteindrait les quarante tonnes en moyenne. En milieu aquatique, qui plus est, alors qu’elle n’avait déjà guère d’expérience à l’air libre. Et le peu qu’elle avait n’était pas vraiment concluant, c’était le moins qu’on puisse dire.
Le docteur Anne Kelvin chassa ses vains regrets par son évent.
Avis personnel
Le titre de cette novella (ou court roman) m’avait laissée perplexe. Mais les nombreux éloges faits du livre et son résumé m’avaient attirée. C’est donc sans réelles attentes, si ce n’est celle d’une bonne lecture, que j’ouvris cet ouvrage.
Grande lectrice de nouvelles, je suis habituée au fait que le format court n’est pas forcément exempt d’émotions fortes. C’est le cas avec La Vieille Anglaise et le continent. On referme le livre complètement sonné, l’émotion ayant monté crescendo tout au long de l’histoire. Si on peine au début à s’attacher à Ann, du fait de son caractère peu aimable, les description de sa renaissance en tant que cachalot nous emportent aussitôt. C’est comme si nous nagions à côté d’elle, ressentions l’eau froide sur notre peau, goûtions sa saveur… L’écriture fluide de Jeanne A-Debats nous entraîne sans effort dans cet univers aquatique.
Mais l’émerveillement est de coute durée : les hommes, comme toujours, n’ont de cesse de polluer leur environnement avec leurs déchets. Et ceux-ci dissimulent parfois des actes monstrueux…
Une novella engagée, réaliste et amère, voilà ce qu’est La Vieille Anglaise et le continent. Il nous projette en plein visage les conséquences directes des actions destructrices humaines sur les animaux qui partagent avec nous la planète bleue. Il pointe du doigt avec férocité la course à la jeunesse et à l’immortalité de la société, avec la mnèse. La vie des cachalots et leurs rêves apparaissent alors comme le seul îlot de paix et de bonheur possible, non souillés par l’esprit avide de l’Homme. Hélas, les cachalots, comme beaucoup de cétacés, sont menacés d’extinction…
Parce qu’ancré dans une problématique réelle et actuelle, ce livre est plus que de la science-fiction. Un coup de poing au coeur, à l’âme, devant le désastre accompli et ce qui reste encore à venir. Une histoire engagée, aussi forte qu’elle est brève.
Le grain de sable
Chaque ouvrage de Griffe d’Encre présente en page de titre leur mascotte, un petit chat, dans une posture liée au contenu du livre. Dans La Vieille Anglaise et le continent, le chat est trempé.
Gramophone
Sinivatsa (Dolphin Calling) de Gjallarhorn ou bien le chant d’un cétacé mêlé au bruit des vagues.
Sur le mur
Cette photographie de Zena Holloway illustre bien l’atmosphère du livre.
Dans la même veine
Si La Vieille Anglaise et le continent vous a plu, vous aimerez sans doute aussi Un animal doué de raison de Robert Merle (Folio SF, 2001), où des dauphins sont utilisés à des fins politiques et militaires.
A propos de Jeanne-A. Debats
Née en 1965, Jeanne-A. Debats est professeur de latin et de français au collège. Elle s’est passionnée pour la science-fiction suite à ses lectures des oeuvres d’Arthur C. Clarke et de Robert Heinlein. Elle a ensuite pris la plume et publié quelques nouvelles avant de se faire véritablement connaître avec sa novella La Vieille Anglaise et le continent (Griffe d’encre, 2008), qui a été couronnée par de nombreux prix. Elle a publié des nouvelles dans diverses anthologies et fanzines, des romans : Eden en sursis (Syros, 2009), L’enfant-satellite (Syros, 2010) et Plaguers (Atalante, 2010), ainsi qu’un recueil de nouvelles : Stratégies du réenchantement (Griffe d’encre, 2010).
Références
Editions Griffe d’encre, 2008, 77 pages.
Liens et sources
- Le site des éditions Griffe d’encre
- Le blog de Jeanne-A. Debats






Je l’ai terminé ce week-end, et j’ai beaucoup aimé. Le décalage entre le caractère et les souvenirs de la vieille dame et son gros corps de mammifère marin est savoureux. Et aussi le fait que la mnèse soit limitée dans le temps, et que la fusion entre Ann et le cachalot créée un être un peu hybride, qui n’est plus (de moins en moins) Ann, ni un cachalot (empoté, ignorant de ses propres capacités acoustiques…) C’était aussi agréable qu’une place soit laissée à des personnages périphériques et à une vraie chronologie polico-économique sur la situation de la faune sous-marine dans le roman.
Merci de me l’avoir fait découvrir ! :D
Et bien merci beaucoup de ton retour détaillé, Qimen, et heureuse que ce petit roman (petit par son épaisseur, mais grand par le contenu!) t’ai plu ! :)