Gérald Duchemin Carmélia

Roman fantastique décalé et cynique

Carmelia

Note :
4/5
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L’argument

Dans cet immeuble de Montpellier, les habitants maussades et prévisibles ne sont pas les seuls occupants des lieux. La cage d’escalier et les appartements animent la vie de l’immeuble à leur façon : ambiance colérique, chute dans les escaliers et même dépression… Gilles, l’étudiant occupant le studio du dernier étage, en subira les conséquences.

Ça commence comme ça

Je me nomme Carmélia. Ma vieillesse n’entame pas mon appétit de vivre, au contraire. C’est là le drame de mes hôtes. Je dis « drame » par condescendance, presque par gentillesse. J’ai parfois la fantaisie de me placer du point de vue des humains. Cet enfantillage me distrait. Il ravive le souvenir de mon premier crime. J’en ai commis plusieurs, surtout ces deux dernières décennies. Que voulez-vous, je suis vieille, alors je me répète.

Avis personnel

De nombreuses qualités placent cet ouvrage sur les étagères de choix de ma bibliothèque. La première serait ce cynisme tranchant et délicieux. D’une langue acide, le narrateur, c’est-à-dire le studio du dernier étage, dépeint le quotidien fade des habitants d’un petit immeuble. Tout y passe ; les personnes âgées et leurs habitudes militaires, les couples mais aussi les étudiants à l’avenir déjà tout tracé. Bref, toutes ces choses que l’on souhaite balayer d’un revers de main. Je n’utiliserais pas le mot caricature bien qu’il soit tentant ; car ces scènes sentent le déjà-vu, beaucoup trop même, et s’en est risible ; ou pathétique, c’est selon…

La deuxième qualité que j’attribuerais au roman serait l’originalité de l’histoire. L’auteur, en donnant vie aux murs d’un immeuble, trouve un moyen original et sûr de s’introduire dans le quotidien des protagonistes. Plus que de simples témoins, ces murs sont dotés de personnalités propres aux caractères bien définis. Mais l’on se pose la question de savoir si finalement ces murs narrateurs ne seraient pas l’expression des émotions des habitants, et non l’inverse. Gilles, l’étudiant du studio du dernier étage, sombre dans une torpeur dépressive, sous l’influence de son studio (que l’on devine être Carmélia), nous dit-on; mais n’est-ce pas là un prétexte pour nous narrer des émotions dues à l’insupportable chemin de vie que l’on veut nous faire croire être le bon ?

Enfin, je citerais une troisième qualité qui serait celle de la narration. Gérald Duchemin possède un goût indéniable pour le choix des mots. Ses tournures de phrases sont délicates; ses références constantes à divers auteurs élève le récit au-delà de lui-même. Une écriture unique et fine, et pleine de bon sens.
Entre cynisme, humour noir et onirisme, Carmélia est pour moi un roman qui se démarque dans le paysage de la littérature fantastique francophone, de très loin.

Le grain de sable

C’est la lecture du Précis de Décomposition de Cioran qui donna naissance à Carmélia dans l’esprit de l’auteur.

Gramophone

Les morceaux sombres de Grave Blessings d’Unto Ashes.

Sur le mur

Dreamspace Reloaded #36 du photographe Denis Oliver.

Denis Olivier
Cette superbe photo composée illustre très bien le roman. Les murs gris et poussiéreux et le cercueil évoquent l’enfermement et la descente en abîme de Gilles ; les papillons et la lumière lointaine personnifient l’onirisme très présent dans Carmélia.

Dans la même veine

Je ne peux que recommander son roman suivant, L’Echafaud ou l’Excentrique Monsieur Céraste dans lequel on retrouve cette lame tranchante toujours à l’affut de quelques têtes. Un régal.

A propos de Gérald Duchemin

Gérald Duchemin est né en 1968 dans les Cévennes. C’est à l’âge de 21 ans qu’il se découvre une passion pour la littérature. Après des études en droit, il oriente son cursus vers une maîtrise de Lettres et prend goût pour l’écriture. Parmi ses auteurs de prédilection, on peut citer Cioran, Poe et Baudelaire. Carmélia est son premier roman ; il reçut un critique enthousiaste de la part de nombreux magazines et webzines. Depuis, Gérald Duchemin a aussi écrit  « L’Echafaud » et « Petits Contes Macabres » chez le Chat Rouge. Dernier recueil en date, « La Laiteuse et son chat » paru chez les Éditions du Calepin Jaune.

Références de l’ouvrage

  • Éditions Le chat rouge, collection Rouge et Noir, 2002, 227 pages.

Liens et sources