L’argument
Une ville où il est interdit de tuer les chats (Les Chats d’Ulthar), un arpenteur des Contrées du Rêve qui recherche Kadath l’Inconnue pour y implorer les dieux de lui permettre de revoir une cité resplendissante dont il a rêvé (La Quête onirique de Kadath l’Inconnue), un prêtre désireux de contempler des dieux dans leur danse en dépit de tous les avertissements (Les Autres dieux), l’éclat mauvais et inquiétant de l’étoile polaire qui poursuit un homme jusque dans ses rêves (Polaris), les dangereuses explorations oniriques de deux hommes (Hypnos)… Quatorze nouvelles qui se déroulent dans les Contrées du Rêve.
Ça commence comme ça
La quête d’Iranon
Un jeune homme arriva à Teloth, la cité de granit. Son front était ceint d’une couronne de feuilles de vigne, ses cheveux blonds étaient luisants de myrrhe et sa tunique pourpre avait été déchirée par les bruyères du Sidrak, la montagne qui se dresse par-delà l’antique pont de pierre. Les hommes de Teloth ont la peau aussi sombre que l’humeur sévère, et vivent dans des maisons carrées. Méfiants, ils demandèrent à l’étranger d’où il venait, quels étaient son nom et sa fortune.
Avis personnel
De Lovecraft, je ne connaissais que ses récits fantastiques et horrifiques ancrés dans la réalité. Avec Les Contrées du rêve, je découvre un nouveau pan de son oeuvre : les Contrées du rêve, univers auquel sont liés les textes de ce recueil.
Lovecraft décrit un monde tangible accessible aux rêveurs mais cet espace onirique peut aussi interférer avec le monde dit réel. C’est avec bonheur que j’ai plongé dans ces Contrées, parcouru ses routes, ses paysages étranges et démesurés, apprit à craindre ses dieux, qu’ils soient les Grands Anciens ou les Autres Dieux, rencontré des goules et des chats… C’est tout un univers cohérent qui nous est présenté là. Mais la patte Lovecraft reste présente : les frissons ne sont jamais loin. Des terribles dieux aux peuplades difformes et aux moeurs épouvantables, des goules aux lieux obscurs hantés par d’effroyables créatures, il y a de quoi frissonner. Et l’auteur, en suggérant plus qu’en décrivant, accentue ses effets.
Véritables petites pépites de dark fantasy, tous ces textes sont autant de facettes des Contrées du rêve, permettant au lecteur de découvrir par petites touches ces vastes contrées. La pièce maîtresse du recueil est La Quête onirique de Kadath l’inconnue, presque un court roman tant la nouvelle est longue. On suit les nombreuses pérégrinations de Randolph Carter, maître rêveur, à la poursuite de Kadath. Les Chats d’Ulthar est une ode au mystère dégagé par les félins, La malédiction qui s’abattit sur Sarnath rappelle les récits fantastiques de Lovecraft mais ici dans un genre fantasy… certains textes trouvent un écho dans d’autres, des lieux ou personnages évoqués revenant ici et là, le même univers les liant tous.
Au final, ce recueil s’avère être un incontournable. Il rejoint les oeuvres plus orientées fantastiques de Lovecraft par ses effets horrifiques mais s’ancre plutôt dans la dark fantasy, démontrant une autre partie du talent narratif du maître de l’épouvante. Véritables délices, ces textes vous entraîneront plus loin que vous ne le pensez et si, d’aventures, vos rêves prenaient une tournure des plus étranges, c’est peut-être que vous arpentez les Contrées du rêve, à la suite des maîtres rêveurs…
Le grain de sable
On notera la présence d’un personnage rappelant l’auteur, par son nom et sa description, dans A travers les portes de la clé d’argent. Clin d’oeil de Lovecraft ou signe que les Contrées du rêve qu’il a imaginées ne sont peut-être pas si imaginaires ?
Gramophone
Le titre Anywhere out of the world de Dead Can Dance.
Sur le mur
L’Autre rive par Aurélien Police
Dans la même veine
Si vous avez aimé cet ouvrage, vous apprécierez certainement les autres oeuvres de Lovecraft, disponibles dans leur intégralité en trois volumes aux éditions Robert Laffont (réédités en 2010). Egalement, la trilogie La Terre des rêves de Brian Lumley (Pocket, 1996-1998), dont l’intrigue se situe aussi dans les Contrées du Rêve.
A propos de H. P. Lovecraft
Né à Providence (Etats-Unis) en 1890, Howard Phillips Lovecraft commence à rédiger des textes dès l’âge de six ans. En 1924, il épouse Sonia Haft Greene. Le jeune couple part à New York mais Lovecraft retourne seul à Providence en 1926. Il divorce quelques années plus tard. Atteint de troubles psychologiques, il écrit sans relâche et publie quelques textes, notamment dans le magazine pulp Weird Tales, mais il ne parvient pas à vivre de sa plume en raison de son écriture particulière et de son incapacité à entretenir des relations humaines normales. Il décède en 1937 d’un cancer de l’intestin, à Providence . Il est aujourd’hui considéré comme le précurseur de la littérature matérialiste d’épouvante et le fondateur du mythe de Cthulhu. On peut lire ses écrits chez Folio SF : Par-delà le mur du sommeil (2002), La couleur tombée du ciel (2000), Dans l’abîme du temps (2000), Je suis d’ailleurs (2001). L’intégralité de ses oeuvres est disponible en 3 volumes dans la collection Bouquins de Robert Laffont (1991-1992).
Références
Editions Mnémos, 2010, 296 pages.
Liens et sources
- Site consacré à H.P. Lovecraft, en anglais






Je n’ai pas lu cette édition, mais j’ai adoré tous ces récits ! Ils sont vraiment très proches de l’univers de Lord Dunsany : les dieux, le monde des rêves, l’horreur soupçonnée. La nouvelle sur Kadath est une de mes préférée !
Oui, ce texte aussi est mon préféré du recueil, même si tous m’ont plu. Elle est vraiment géniale!
L’intérêt principal de cet ouvrage réside dans la traduction toute nouvelle de David Camus, rendant sa cohérence au champ lexical des contrées du rêve imaginées par Lovecraft. Son introduction est très intéressante, et met l’accent sur les difficultés rencontrées par la traduction, sans jamais dénigrer ses prédécesseurs.
Oui, cette introduction était riche en informations intéressantes! Mais je ne l’ai pas mentionné dans ma chronique car, découvrant pour la première fois les Contrées du rêve dans cet ouvrage, je ne pouvais guère comparer avec d’autres traductions.
Mais vous avez tout à fait raison de le mentionner, cela a aussi son importance !
« A travers les portes de la clé d’argent » est la suite de « La clef d’argent » (dont les premières pages sont d’une poésie presque inégalables) qui est le fruit d’une réécriture à partir de ce qu’avait écrit l’un de ses amis, E Hoffmann Price : Le seigneur de l’illusion.
Je n’ai pas trouvé ca si « Dark » que ça. Kaddath par exemple est assez enfantin par bien des côtés (c’est un avis purement subjectif), ce qui ne lui enlève rien en magie!
Les précédentes traductions sont disponibles dans la collection Bouquins, tome 3.
Sinon comme je n’ai jamais vu ce livre dans cette nouvelle traduction je me demande : est-il en édition bilingue ou seulement en français?
Disons qu’à mes yeux, le côté « terrifiant » des goules et autres créatures bien redoutables, sans compter les dieux effroyables, le recueil s’apparentait plus à de la dark fantasy ^^ ».
L’édition est entièrement en français, et non en bilingue, mais dans la préface, David Camus (le traducteur) a mentionné en exemple quelques termes en anglais auxquels il avait apporté une nouvelle traduction.