Hiroyuki Asada Letter Bee

Manga steampunk

Couverture de « Letter Bee »

Note :
4/5
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L’argument

Dans l’Amberground, un monde où seuls les privilégiés profitent de la lumière d’un soleil artificiel, Lag Seeing, jeune orphelin de sept ans, attend abandonné au milieu de nulle part, dans l’obscurité, attaché à un piquet. Gauche Suede, un letter bee, autrement dit un employé des services postaux, vient alors le chercher pour le livrer, comme n’importe quel colis. Mais le périple ne sera pas de tout repos, les alentours regorgent d‘insectarmures, monstres démesurés attirés par le cœur des gens contenu dans les lettres comme des prédateurs par le sang.

Cinq ans plus tard, Lag, pour qui Gauche, bien qu’il ne l’ait jamais revu, est resté un modèle, est déterminé à devenir letter bee lui aussi, à retrouver Gauche et peut-être aussi sa mère.

Ça commence comme ça

Page 1 de « Letter Bee » Page 2 de « Letter Bee »

Avis personnel

Letter bee m’a de prime abord attirée par son illustration de couverture, toute de mauve vêtue, bien qu’avec les mangas on sache pertinemment qu’il ne faut pas trop s’en tenir aux couleurs puisque l’intérieur se joue en noir et blanc. Ensuite, c’est son histoire, originale, dans laquelle on peut livrer des gens ou des lettres contenant des souvenirs, des fragments de cœur, qui m’a interpelée… En effet, à l’ère de la technologie, que je ne renie pas non plus, je suis toujours plus touchée par une lettre manuscrite que par un e-mail ou un texto… Peut-être parce qu’on peut tenir entre ses mains une feuille de papier en sachant que l’expéditeur l’a touchée lui aussi, que son écriture est un petit morceau de ce qu’il est, alors qu’un texte sur un écran semble toujours plus froid, plus austère, et que l’envoi immédiat, s’il est très pratique pour certaines choses, nous prive de ce sentiment spécial que nous procure l’attente, l’espoir, d’un courrier glissé dans la boîte aux lettres et l’ouverture fébrile d’une enveloppe…

Et si les quelques mois séparant les sorties entre deux tomes me fait généralement fuir en oubliant à leur triste sort une pléiades de personnages, ceux de cette histoire arrivent à me tenir en haleine au fil des mois… Sans doute parce qu’ils sont particulièrement attachants, et que les protagonistes qui semblent les plus sérieux se révèlent finalement être des surprises particulièrement comiques du scénario. L’histoire est racontée de telle sorte qu’on cherche à apprendre non seulement le devenir de tout ces êtres, mais également leur passé, souvent flou et taché de zones d’ombre. Nombre d’éléments nouveaux apparaissent au fil de l’œuvre, la complexifiant doucement et lui donnant tout son intérêt.

Parmi tous ces personnages, on trouve bien entendu Lag, qui, au tout début, est un anti-héros accompli: sensible, hyper émotif, voire carrément pleurnichard. Mais il est surtout sincère, généreux,déterminé, et son parcours, sorte de quête initiatique semée d’embûches, bien évidemment, nous révèle, en même temps qu’à lui, une force de caractère peu commune. Il n’est d’ailleurs pas sans rappeler Kiki la petite sorcière d’Hayao Miyazaki, puisque tout deux s’émancipent très jeunes et partent travailler dans une ville nouvelle, faisant malgré les tracas du quotidien, contre mauvaise fortune bon cœur.

Chaque letter bee étant protégé par son dingo, souvent un animal, Lag est également accompagné du sien, une petite fille très étrange refusant de porter des culottes (une perversion toute nippone à n’en pas douter) et trimballant avec elle une créature indescriptible qu’elle est bien décidée à déguster et tente de faire cuire régulièrement. Niche, la fillette déculottée, et Steak, l’animal persécuté, forme un duo comique et rafraîchissant au sein d’aventures plus sombres.

Les dessins très précis font la part belle aux détails et servent à la perfection un monde au design victorien et poétique, inspiré du steampunk sans l’être tout à fait puisqu’on y trouve pas véritablement d’engins à vapeur, bien que d’autres codes de ce genre, tels que le style du XIXè siècle, les machineries et un petit quelque chose de magique et d’indéfinissable, soient bien présents.

Le grain de sable

Le succès de Letter Bee au Japon a entraîné la réalisation d’une version animée qui n’est pas (ou pas encore) parvenue jusque chez nous.

Gramophone

La bande originale d’Edward aux mains d’argent, composée par le formidable Danny Elfman, légère et poétique, ou l’album Mechanical animals de Marilyn Manson, blanc et électrique, accompagnent particulièrement bien la lecture.

Il existe une bande originale, petite sœur de la série animée adaptée de Letter Bee, qui doit valoir son pesant de clefs de sol, mais qui n’a, à l’instar de son aînée, pas encore voyagé jusque dans nos contrées.

Sur le mur

Sur le mur… ou au plafond, une lampe étoile qu’une bougie éclaire de l’intérieur, sur fond d’obscurité, mimera parfaitement le ciel que voient les personnages du manga.

Dans la même veine

J’ai longtemps cherché une oeuvre semblable à conseiller, et je dois admettre n’avoir rien trouvé de vraiment proche. Cependant, Le Château ambulant, film d’animation d’Hayao Miyazaki, présente un même mélange steampunk/fantasy/poésie sans jamais respecter tous les codes d’un genre, mais en choisissant des éléments pour créer un monde à part.

A propos de Hiroyuki Asada

L’auteur de Letter bee doit son prénom à un événement lié à sa date de naissance. En effet, le 15 février 1968, la neige s’abat bien plus que d’ordinaire sur le Kanto, région voisine du Chubu, d’où est originaire notre homme, et Hiroyuki, contraction de Shiroi Yuki, signifie donc « neige ». Il publie sa première histoire courte, Hades, à l’âge de dix-huit ans, mais ne rencontre un franc succès qu’une bonne décennie plus tard, grâce à son shônen manga I’ll, histoire d’adolescents sur fond de basket-ball en quatorze tomes. Cette œuvre traversera les frontières et contribuera à le faire connaître bien au-delà du Japon. Il publie également des histoires plus courtes dans des recueils mangas, notamment dans Robot et Edge II: Les samouraïs du futur.

Avec Takeshi Obata (Death Note) et Shô-u Tajima (Madara), il forme le  groupe Mizugame3, « mizugame », signifiant « verseau », signe astrologique commun à ces trois mangakas.

Le fameux mangaka avoue son adoration pour la gente féline, ce qui me le rend immédiatement sympathique, et déclare s’inspirer des chats pour dessiner les personnages de ses histoires, et plus particulièrement… leurs yeux.

Références de l’ouvrage

Éditions Kana, en cours de parution, 9 tomes parus en France, environ 180 pages par tome.

Sources

Le site officiel mais en japonais, pour les puristes

La page de Letter Bee sur le site des Éditions Kana

Un site de fan en français mais en construction (qu’il nous faudra donc surveiller de près): la ruche postale