
Synopsis
Vingt-quatre heures paraissent bien dérisoires avant les sept années que doit passer Montgomery Brogan en prison. Les dernières choses à faire se confondent avec celles qu’il aurait voulu faire bien avant ; le temps manque. Dans cette impasse où les sourires mentent, Montgomery tente de renouer avec ses proches, et de vivre encore avec eux, l’espace d’un instant.
Critique personnelle
La prison n’est presque qu’une image, c’est le dernier jour d’un condamné tout court qui semble débuter lorsque le film commence. On ressent nettement cette atmosphère tendue d’un sursis sur le point de finir. Entre la résignation, la colère ou l’espoir, le personnage vit ses dernières heures comme un malade en phase terminale. À ce parcours s’ajoute la suspicion de savoir qui parmi ses proches l’a « balancé ». La dimension tragique de l’histoire est très présente, et le choix de se focaliser sur vingt-quatre heures pourrait même prendre une connotation quasi-classique. Les mauvaises langues ont dénoncé dans ce tragique et dans sa réalisation la volonté cachée de la part de Spike Lee de faire un film académique qui lui permettrait d’être oscarisable. Possible… Mais, même si ce n’est probablement pas le meilleur film de Spike Lee, si Vingt-quatre heures avant la Nuit est un film académique alors c’est peit-être celui qui nous réconciliera avec le genre. L’émotion n’est pas écrasée et si l’on excepte quelques rôles presque caricaturaux et, les autres acteurs nous font le plaisir de ne pas surjouer. Edward Norton en tant que personnage principal s’avère être l’exemple même d’une certaine sobriété. L’action est tragique, sans trop être théâtrale, et tente de se concentrer sur ce qui importe ; et ce qui importe ce sont ces derniers moments.

Il reste si peu de temps pour se confronter avec soi-même, une poignée d’amis, avec son passé et ses aspirations maintenant brisées. Dans ces conditions, que vaut une dernière journée alors que l’on imaginait en vivre tant d’autres ? Malgré cette situation et la complaisance qu’elle risque d’entraîner, le réalisateur n’excuse pas son héros et ne ménage pas non plus ses personnages, n’hésitant pas à en montrer les défauts. En filigrane la lecture façon chemin de croix du parcours du héros est nette, sur laquelle le film parvient à glisser, en refusant de prendre le ton du martyr. Le risque du grandiose s’écrase sur le béton sale de Brooklyn ou de Manhattan qui recueille ces héros bien imparfaits, dans une simplicité à hauteur d’homme.
Comme dans plusieurs de ses films, Spike Lee situe l’action dans la ville de New York, à laquelle il est profondément attaché. Sauf que nous sommes maintenant en 2002 et il y a des cicatrices que l’on n’efface pas dans ce qui est arrivé à la ville. Sujet brûlant ; intelligemment approché. Nous ne sommes conviés ni à un enterrement, ni à une tribune. Le roman de David Benioff dont est tiré le film a été écrit bien avant les attentats de septembre, mais il est difficile de faire comme si rien ne s’était passé alors que New York est un personnage à part entière de l’histoire.

On se prend à penser que le générique de début s’apitoie sur les projecteurs de Ground Zero d’une manière facile et complaisante. Le film va par la suite démentir cette appréhension, posant en surimpression une réflexion sur la question au travers des notions de responsabilité. On dépasse même cette simple surimpression dans une des scènes-clefs, par un superbe monologue brutal et viscéral. Alors que se déverse un flot de haine et de racisme – l’œuvre de Spike Lee est connue pour ne pas être étrangère à la problématique – afin de rejeter toute la culpabilité sur les autres, le film va bel et bien au-delà de l’histoire d’un petit truand pour s’avancer sur des thèmes plus larges, posant la question de la place à accorder à la rancune et à la haine. Le tout toujours rythmé par cette échéance des vingt-quatre heures. Une responsabilité pensée selon des termes qui n’échappent pas au prisme d’une certaine part de rêve américain – alors même qu’il est contredit. Spike Lee avait plutôt enrôlé le cinéma dans sa critique, à la lumière de ce glissement s’expose peut-être une tendance à le rêver à nouveau. Film crépusculaire rêvant d’aube? Il en a l’élégance en tout cas.
(Quid du titre : lors de sa sortie en salle, le film fut intitulé La 25ème Heure, traduction exacte de son titre original The 25th Hour. Hors ce titre était déjà celui d’un autre film de 1967, le titre fut changé en Vingt-quatre heures avant la Nuit. Les deux sont parfois utilisés).
Références
- Acteurs : Edward Norton, Philip Seymour Hoffman, Rosario Dawson, Barry Pepper
- Année : 2002
- Durée : 2h14
- Pays : Etats-Unis
- Genre : Drame




