Paranoid Park de Gus Van Sant

Par

Dernier long de Gus Van Sant, et dernière preuve de l’inspiration d’un cinéaste qui n’en finit pas de trouver de nouvelles pistes film après film.

Paranoid Park - affiche

Synopsis

Un adolescent sans histoire, tout ce qu’il y a de plus middle-class américaine, est responsable de la mort d’un agent de sécurité aux abords d’un skate-park plus ou moins clandestin. Il décide de ne rien dire.

Avis Personnel

Le dernier Gus Van Sant semble avoir surgi de la filmographie de Larry Clark : héros skateur à la Wassup Rockers, meurtre accidentel d’un vigile par un gosse comme dans Another Day in Paradise, sans compter cette fascination partagée par les deux metteurs en scène pour une jeunesse, sublimée sur l’écran. Cette fascination est néanmoins le point où se révèle les dissemblances des deux auteurs, le regard propre à chacun faisant changer du tout au tout l’ambiance des films.

Nous sommes à Portland, Gus Van Sant est dans sa ville, celle où il avait situé son premier long, Mala Noche, et fait passer bon nombre de ses personnages. Et comme pour ce dernier, il adapte le roman d’un écrivain local, Blake Nelson. Le Paranoid Park qui donne son nom au film, inspiré par le « Punk Park » de Portland est décrit comme un des coins les plus malfamés de la ville. Skatepark sans existence légale, repère de marginaux traînant derrière lui sa mauvaise réputation… Sa première apparition dégage l’inverse ; une douceur inespérée. Ce lieu autour duquel tout basculera est nimbé d’une grâce qui poursuit le film dans ses moindres recoins, coin malfamé mais à l’abri de la violence du monde parce que rien n’y compte, sinon la fascination d’un adolescent pour ces drôles d’oiseaux qui ne peuvent rester longtemps sans toucher terre

Paranoid Park -skate

L’histoire se colore d’un attachement forcené envers ces adolescents mécheux et les visages inconnus des acteurs non professionnels recrutés via MySpace composent une galerie de personnages quasi-auréolée par cette tendresse malgré leurs ridicules. Le romantisme adolescent qui plane sur certaines scènes amuse, préservé toutefois de la moquerie par la pudeur qu’a Gus Van Sant d’écarter les adultes en les mettant à distance. Le héros trace ses propres mots comme les lignes du récit, pas toujours maître de ce qu’il écrit, se répétant ; tournant autour de l’incident sans savoir comment le raconter – et comment s’en échapper. La trilogie contemplative Gerry, Elephant, Last Days se refusait à énoncer clairement la psychologie de ses protagonistes ; le héros de Paranoid Park tente au contraire en voix-off de tout dire de ses états d’âme, sans parvenir à les formuler. La violence est ici, dans l’intériorité bouleversée de l’adolescent. Elle vient gronder contre le calme extérieur du personnage, sur le point de le déborder, toujours contenue par l’impossibilité de savoir comment l’extérioriser. Ineffable mais évidente. Bien plus que par les mots, elle s’exprime par la bande sonore, dans un martèlement sous la douche – lors d’une scène remarquable – dans une avance du son sur l’image… L’ensemble flirte avec l’expérimental, multiplie habilement les pistes de recherche, bien plus dans le sensible que l’abscons.

Visuellement, on sent derrière la tonalité atmosphérique, dans les lumières flottantes de la ville et ces ralentis magiques, la présence inspirée de Christopher Doyle, chef opérateur attitré de nombreux Wong Kar-Wai, dont le cinéma semble avoir beaucoup influencé Gus Van Sant. Avec le réalisateur des Anges Déchus et d’In the Mood for Love, Doyle n’a pas hésité à multiplier les ralentis, revenus d’un cinéma d’action qui les avait presque monopolisé. C’est dans cette même idée qu’ils apparaissent dans Paranoid Park. Les scènes de skate ne sont pas tournées au ralenti pour ne rater aucun détail spectaculaire, mais pour les entourer d’une grâce aérienne et les sublimer par l’utilisation du super 8 au grain rugueux. L’utilisation de ce format de pellicule est souvent liée dans le cinéma de Gus Van Sant à des événements d’une grande douceur, souvenirs marquants ou idéalisés. Aujourd’hui, alors qu’il l’utilise au présent, la douceur n’a pas disparue ; elle ne l’a jamais quittée. À nouveau on revient vers cette tendresse infinie d’un film magnifique de jeunesse, jamais aussi captivant que lorsqu’il bégaie.

Paranoid park visage

  • Le site officiel du film
  • Références

    • Acteurs : Gabriel Nevins, Jake Miller, Daniel Liu, Taylor Momsen
    • Année : 2007
    • Durée : 1h25
    • Pays : Etats-Unis
    • Genre : Drame
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    1. Super Ubix

      enfin une critique qui prend le temps de bien analyser le film

      décidément, j’aime de plus en plus ce site :)

      j’ai adoré ce film que je mets en // avec ELEPHANT (et je puis dire que j’adore Elephant); le problème étant d’exprimer ou d’expliquer pourquoi ?

      j’aime ces films comme j’aime certains Godard; pq, je n’en sais trop rien

      je trouve simplement que le réalisateur a enfin un regard bien à lui sur les adolescents ou grands adolescents et qu’il filme le tout en décalé et ça fait du bien dans un monde fort convenu du cinéma actuel

      alain_

    2. Bonjour, je suis tout d’abord content que tu te plaises sur la Lune Mauve, et merci pour le compliment!

      Je suis tout à fait d’accord avec le parallèle que tu fais entre les deux films sur ce point précis de comment et quoi exprimer. Elephant et Paranoïd Park sont deux films qui ne se ressemblent pas (le premier qui fait le choix plutôt du mutisme par exemple ce qui est tout sauf le cas du second), mais certains points, ici et là, les relient à merveille.

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