Nos Années Sauvages de Wong Kar-Wai

Par

Nos Années Sauvages se lance à la poursuite de souvenirs perdus. Le passé se racontent avec une mélancolie douce-amère des présences et des gestes au bord de la disparition.

Days of Being Wild - Nos Années Sauvages

Synopsis

Dans les années soixante, Yuddy vit insouciant au gré de quelques aventures amoureuses. La nonchalance de son existence lui fait fuir tout engagement sérieux. Il y a cette jeune serveuse ou encore cette chanteuse de cabaret, toutes deux séduisantes et amoureuses de lui. Mais lorsqu’il trouve une piste pour retrouver sa mère, il abandonne tout et part aux Philippines.

Critique personnelle

Salué, ovationné, propulsé président du jury à Cannes en 2006, Wong Kar-Wai est un cinéaste aujourd’hui internationalement reconnu, principalement depuis la consécration suscitée par In the Mood for Love, qui a été très vite considéré comme un classique malgré son jeune âge. S’il est certains que les projecteurs ont attiré l’attention sur sa filmographie, certaines œuvres antérieures restent moins connues, et cela quelles que soient leurs qualités. Le réalisateur avait déjà présenté son premier long, As Tears go By , à Cannes. A cette époque les critiques lui furent particulièrement défavorables, le film choqua par sa violence. Days of Being WildNos Années Sauvages en version française – est le suivant. Il s’avère être un échec commercial, au point que la seconde partie du film ne sera pas montée et que le film ne sortira en France qu’en 1996.
Days of Being Wild préfigure certes les œuvres suivantes, mais n’en est nullement une répétition malgré les points communs qu’on peut y trouver. Et à plusieurs imperfections il est même possible de lui trouver le charme supplémentaire de ce qui est imparfait, pour l’impression de spontanéité qu’elles peuvent générer. Au point de vue esthétique, le film est donc moins installé, mais la maîtrise est déjà certaine et le film avec ses dominantes bleues et verts est superbe ; de nombreuses images accrochent tout autant qu’elles frappent l’œil. Le goût pour les musiques aux charmes rétro ou suranné se manifeste déjà et qu’on les admire où trouve insupportables leurs redondances, il n’en demeure pas moins qu’elles correspondent parfaitement aux atmosphères et aux tons des histoires de Wong Kar-Wai. Ressassées encore et encore, elles évoquent un certain passé ou raconte des histoires, contribuant à mettre le temps au centre des préoccupations thématiques.

Days of Being Wild - Leslie

Le souvenir est un sujet phare de Nos Années Sauvages, pas du tout pour revendiquer un idéal passéiste glorifiant les années soixante – où le rétro peut parfois s’égarer – orientant plutôt le spectateur vers l’impossibilité déchirante de saisir exactement les événements, les personnes ou les choses. Dès le début, l’attention est attirée sur une minute précise, le seize avril à quinze heure, pour accentuer cette importance du temps, et son devenir fantôme. Le souvenir s’incarne notamment dans la nostalgie d’une présence ou d’un objet qui hante les personnages. Cette présence parce qu’elle est encore à l’esprit ne quitte pas l’écran alors qu’elle n’y est plus physiquement : lors d’une scène, des personnages sont face à face dans un café. L’un part et la caméra s’attarde sur la banquette de cuir où il était, parce que l’absent est encore là et occupe toute la place. L’autre voudrait le faire revenir, ou le fixer ; présences vaporeuses. De même les deux femmes cherchant à retenir un amant qui refuse le mariage, ou à le faire revenir, se heurteront au problème, envisagé chacune à leur manière. Reste la récurrence de la pensée pour l’absent dans le cinéma de Wong Kar-Wai.
Après s’être rendue compte que son histoire d’amour était impossible, une héroïne se décide à tout oublier à partir de la minute qui suit. Projet chimérique où n’es que mieux affirmée l’impossibilité d’oublier, sur laquelle la femme ne peut avoir de prise. La force du souvenir répond aux tentatives d’oubli, le souvenir devenant obsession. Le personnage principal malgré son détachement fier est lui aussi possédé par une obsession semblable dans un schéma inversé : il part à la recherche d’une mère dont il ne possède aucun souvenir puisqu’il ne l’a pas connue. Aller à sa rencontre c’est faire revenir l’absente, fixer son image. Ses préoccupations sont en réalité proche des femmes abandonnées, alors même qu’il y a toujours entre eux la distance d’une incompréhension fondamentale. Insolents, ils se taquinent ou se contredisent uniquement pour ne pas perdre la face, n’osent pas se regarder en face mais des miroirs les renvoient à juste titre l’un à l’autre.

Days of Being Wild

Days of Being Wild a le doux parfum des échecs qu’il raconte, et porte sa mélancolie jusque dans les caresses, parce que tout finit par s’éloigner dans des souvenirs, sans jamais pouvoir être oublié. Il ne reste alors plus qu’à les raconter pour trouver un nouveau souffle, comme dans cet instant magique de la confession d’une des deux femmes à un policier anonyme ou d’une autre à bord de ce train inconnu dont le prochain arrêt est dans une douzaine d’heures. Raconter, le souvenir, l’oubli, avec douceur et tristesse ; comme le film le fait, superbement

Références

  • Acteurs : Leslie, Maggie et Jacky Cheung, Carina et Andy Lau, Rebecca Pa.
  • Année : 1991
  • Durée : 1h33
  • Pays : Hong-Kong
  • Genre : Histoire mélancolique
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